Petit lexique de la langue de bois, édition augmentée
On a compilé les expressions qui, mises bout à bout, permettent de ne rien dire pendant quarante minutes. Exercice de traduction.
Dossier · notion
Le langage qui donne l'impression de répondre sans rien dire — et pourquoi il gagne presque toujours.
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La langue de bois est l'ensemble des formules qui permettent de parler longtemps d'une question sans s'engager sur aucun de ses termes. Elle ne ment pas toujours : elle occupe l'espace de la réponse, ce qui suffit à épuiser la question.
On dit d'une phrase qu'elle est de la langue de bois quand elle a la forme d'une réponse sans en avoir la fonction. Ce n'est pas nécessairement un mensonge : la plupart du temps, chaque mot pris séparément est exact. Ce qui manque, c'est l'engagement — l'acceptation de dire quelque chose qu'on pourrait ensuite vous opposer.
La langue de bois n'est donc pas un défaut de vocabulaire. C'est une position : celle de quelqu'un qui veut parler sans se livrer.
Une question posée appelle normalement une réponse qui la referme ou la déplace. La langue de bois fait autre chose : elle conserve l'ouverture apparente tout en retirant au locuteur toute prise. Le débat continue, mais il ne progresse plus ; il tourne, et l'usure finit par user la question plutôt que celui qui l'esquive.
C'est en quoi elle est si efficace. Elle ne demande pas d'être crue ; elle demande seulement d'être supportée. Une réponse vide répétée assez longtemps devient un bruit de fond, et le bruit de fond ne se contredit pas.
Trois signes reviennent :
Aucun de ces procédés n'est interdit. C'est leur accumulation qui fait basculer une phrase du côté de la langue de bois.
Parce qu'elle rend le contradicteur impoli. Pour contester une phrase vide, il faut d'abord la remplir soi-même — donc prêter à l'autre une intention qu'il n'a pas eue. La langue de bois organise sa propre protection : elle ne peut être attaquée qu'en la complétant, et c'est l'attaquant qui paraît alors inventer le conflit.
Une seule chose, mais elle est exigeante : la question précise, posée deux fois, sans commentaire. Non pas « répondez donc », qui offre une sortie par l'indignation, mais « oui ou non, et à quelle date ». La langue de bois prospère sur les questions larges. Elle est mal à l'aise avec les questions qui n'ont qu'une forme de réponse.
On a compilé les expressions qui, mises bout à bout, permettent de ne rien dire pendant quarante minutes. Exercice de traduction.
Le communiqué sans contenu est un genre littéraire à part entière. Il possède ses règles, sa grammaire et ses tics. Petit précis de reconnaissance à l'usage du lecteur pressé.
L'inflation avait l'avantage d'être une politique, donc un objet de débat. Les « prix », c'est une fatalité — et l'on ne discute pas la météo.
On ne consulte pas pour décider, on consulte pour attendre. La concertation est devenue la forme la plus polie du report — et personne ne peut s'y opposer sans avoir l'air brutal.
C'est un genre littéraire à part entière, publié au plus chaud de l'année, conçu pour être lu au bord d'une piscine et oublié avant la rentrée. À quand l'adaptation cinématographique ?
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