Le programme électoral, roman de l'été
C'est un genre littéraire à part entière, publié au plus chaud de l'année, conçu pour être lu au bord d'une piscine et oublié avant la rentrée. À quand l'adaptation cinématographique ?

Chaque été apporte son lot de programmes, ces volumes qu'on présente comme le cœur d'un engagement et qu'on publie à l'époque de l'année où l'on lit le moins. Le procédé n'est pas innocent : une promesse faite en août sera aussi difficile à vérifier qu'un souvenir de vacances.
C'est pourtant une lecture captivante, pour peu qu'on l'aborde pour ce qu'elle est : de la fiction.
Les personnages
Il y a le candidat, évidemment, présenté au fil des pages par des phrases qui commencent toutes par « avec ». Avec lui, ce sera différent. Avec lui, on ne dépendra plus de rien ni de personne. Dans ce genre romanesque, l'auteur et le héros sont la même personne, ce qui explique l'absence de critique interne.
Il y a aussi « les Français ». Ce personnage collectif est capable de tout supporter et de tout demander simultanément. Il veut plus de dépenses et moins d'impôts, plus de sécurité et moins de contraintes, plus de réformes et moins de changements. Heureusement, personne n'a jamais rencontré ce personnage réellement.
L'intrigue
Elle est toujours la même. On part d'une situation décrite comme intenable, on traverse un chapitre de « courage », et l'on débouche sur un avenir radieux dont la description est étonnamment floue. Les meilleures pages sont celles des chiffres : elles sont écrites sans qu'on sache jamais qui paie, ni quand. C'est ce qu'on appelle, dans le milieu, une hypothèse de travail.
Un programme sans chiffrage précis est un roman ; avec un chiffrage précis, c'est un roman d'anticipation.
La suite
Le lecteur curieux pourra comparer, à l'automne, ce qui avait été publié et ce qui est appliqué. C'est une expérience littéraire peu pratiquée, car elle gâche généralement la fin. Il faut dire que le genre n'est pas fait pour être relu : il est fait pour être cité, en une phrase, au lendemain de la publication.
Questions fréquentes
Pourquoi les programmes sortent-ils en été ?
Parce qu'une promesse faite à l'époque où l'on lit le moins sera aussi difficile à vérifier qu'un souvenir de vacances.
Qu'est-ce qu'un programme sans chiffrage ?
Un roman. Avec un chiffrage précis, c'est un roman d'anticipation.
Pourquoi ne les relit-on pas ?
Parce que comparer, à l'automne, ce qui fut publié et ce qui fut appliqué gâche généralement la fin.



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