On ne dit plus inflation, on dit prix
L'inflation avait l'avantage d'être une politique, donc un objet de débat. Les « prix », c'est une fatalité — et l'on ne discute pas la météo.

Le glissement s'est fait sans annonce, comme souvent. On ne dit plus « inflation », ce mot technique qui désigne la hausse générale et durable des prix. On dit « les prix », au pluriel, comme on parle de la pluie. Le changement de vocabulaire n'est pas anodin : il déplace la question de la responsabilité.
L'inflation renvoie à des choix — monétaires, budgétaires, énergétiques. Les prix, eux, montent tout seuls.
De quoi on ne parle plus
Quand on désignait l'inflation, on pouvait en discuter les causes : la création monétaire, les taux, les coûts de l'énergie, les marges des entreprises, les salaires. Autant de leviers sur lesquels on peut agir, et sur lesquels on peut donc se disputer — c'est-à-dire faire de la politique.
En parlant des « prix », on ne conserve que le vécu : la baguette, le plein, le loyer. Le vécu est précieux et légitime, mais il ne dit rien des raisons. On remplace une analyse par une sensation.
Une variation subie par tous ne dispense pas d'en chercher les auteurs. La météo n'a pas de responsable ; l'inflation, si — même s'il est parfois commode de n'en point trouver.
Le pouvoir d'achat, ce mot-valise
Le vocabulaire a suivi la même pente avec l'expression « pouvoir d'achat ». Elle est devenue la formule attrape-tout du débat public, capable de désigner aussi bien le salaire, l'aide, le prix, l'impôt et le sentiment, sans jamais préciser lequel. On peut donc y ranger tout ce qu'on veut, y compris des mesures qui n'ont aucun effet sur le revenu réel.
Reprendre les mots
Nommer à nouveau l'inflation ne résout rien, mais cela rouvre la discussion. Car tant qu'on parle des prix comme on parle du temps qu'il fait, la seule attitude possible est de s'en plaindre ou de s'y adapter. Ce n'est pas ainsi qu'une société décide de ce qu'elle veut.
Questions fréquentes
Pourquoi ne dit-on plus « inflation » ?
Le mot renvoie à des choix — monétaires, budgétaires, énergétiques. Dire « les prix » fait comme s'ils montaient tout seuls.
Que perd-on dans ce glissement ?
Les causes et les responsables. On remplace une analyse par une sensation, et une politique par une plainte.
Que cache le « pouvoir d'achat » ?
C'est un mot-valise : il désigne tour à tour le salaire, l'aide, le prix, l'impôt et le sentiment, sans jamais préciser lequel.



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