La productivité, un reproche adressé aux Français
La productivité est devenue une manière polie de dire que les travailleurs ne travaillent pas assez. L'explication est commode, et elle évite de regarder ce que les entreprises en font.

La productivité est un rapport : ce que l'on produit divisé par ce que l'on y met. C'est une notion neutre, presque mathématique. Pourtant, dans le débat public, elle se transforme à une vitesse remarquable en jugement moral : voilà un pays où l'on travaille mal, insuffisamment, sans ardeur.
L'accusation est d'autant plus efficace qu'elle est dirigée vers le bas, là où il n'est pas nécessaire de nommer personne.
Ce que le ratio met de côté
Augmenter la productivité d'un salarié suppose qu'il dispose de machines, de logiciels, d'organisation, de formation, de prévisibilité. Un ouvrier avec un outil vétuste, un salarié dont la journée est hachée par des réunions et des messageries mal fichues, un service dont les processus ont vingt ans : le problème n'est pas l'effort, mais l'environnement de l'effort.
Un ratio mesure un rapport, pas une vertu. L'expliquer par le caractère d'un peuple permet d'ignorer tout ce qui dépend des employeurs, des investissements et de la qualité des institutions.
L'investissement, le grand absent
La productivité progresse d'abord avec le capital : des outils, des usines, de la recherche, du logiciel. Or on ne discute presque jamais du niveau d'investissement des entreprises, du coût du capital, de la taille des firmes, de leur capacité à grandir. On discute des salariés, parce que c'est plus simple et plus gratifiant.
Le reproche adressé aux travailleurs a une autre qualité : il justifie que l'on ne paie pas la formation, ni les machines, ni la recherche. On en revient toujours à ce point.
Réfléchir à l'envers
Il serait plus honnête de poser la question à l'envers : pourquoi une entreprise donnée produit-elle moins qu'une autre ? Que lui manque-t-il ? Répondre suppose d'accepter que la responsabilité se partage, ce qui est moins satisfaisant qu'un procès collectif. Mais c'est le prix d'un débat qui traite les gens comme des membres d'une économie, et non comme des caractères.
Questions fréquentes
La productivité est-elle une question d'effort ?
C'est d'abord un rapport : ce qu'on produit divisé par ce qu'on y met. Le problème tient souvent à l'environnement de l'effort, pas à l'effort.
Pourquoi le reproche vise-t-il d'abord les salariés ?
Parce que c'est plus simple, et que cela permet d'ignorer ce qui dépend des employeurs, des investissements et de la qualité des institutions.
Que faudrait-il regarder ?
Le capital : outils, usines, recherche, logiciel. Le niveau d'investissement des entreprises est presque toujours absent du débat.



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