L'égalité n'est pas la justice
On confond deux exigences que tout oppose : donner à chacun la même chose, et donner à chacun ce qui lui revient. La première est simple, mesurable, et souvent profondément injuste.

L'égalité est une idée si respectable qu'on hésite à la discuter. Qui voudrait d'une société inégalitaire ? Et pourtant, la manière dont on l'applique produit parfois des situations que le sens commun juge intenables. Il faut donc distinguer deux questions que le vocabulaire embrouille : l'égalité de traitement, et l'équité du résultat.
Donner la même chose à tous est simple. Donner à chacun ce qu'il lui faut est juste. Les deux ne coïncident pas toujours.
Deux hommes, une échelle
L'image est connue et mérite d'être répétée : deux personnes de tailles différentes regardent par-dessus un mur. Donner à chacune la même caisse est égalitaire ; donner à la plus petite ce qui lui manque est juste. La règle identique produit un résultat inégal — et l'on appelle parfois cette inégalité de la « méritocratie », alors qu'elle n'est qu'une arithmétique.
Traiter tout le monde de la même façon revient souvent à traiter certains bien mieux que d'autres, sans l'avoir décidé. La neutralité de la règle ne garantit pas l'équité de l'issue.
Ce que l'égalité formelle protège
Le grand mérite de l'égalité formelle est d'être incontestable et vérifiable. Elle protège contre l'arbitraire, contre les passe-droits, contre le favoritisme. Une société sans elle est livrée aux protections et aux réseaux. On ne saurait donc s'en passer.
Mais elle a une limite : elle suppose que tous partent du même point. Quand ce n'est pas le cas — et ce n'est presque jamais le cas — elle consacre des écarts qu'elle prétend ignorer.
Tenir les deux ensemble
La difficulté n'est pas de choisir entre égalité et justice, mais de les articuler. Des règles identiques pour tous, et des moyens différenciés pour que la règle ait un sens pour chacun. C'est inconfortable, car cela oblige à reconnaître les différences au lieu de les nier.
On préfère souvent la simplicité de la règle unique. Mais une société qui refuse de voir les situations réelles finit par produire une égalité de façade et une injustice de fait. La justice, elle, exige plus de travail — et un peu moins de confort.
Questions fréquentes
Quelle différence entre égalité et justice ?
Donner la même chose à tous est égalitaire ; donner à chacun ce qu'il lui faut est juste. Les deux ne coïncident pas toujours.
L'égalité formelle a-t-elle des vertus ?
Oui : elle est vérifiable et protège de l'arbitraire, du passe-droit et du favoritisme. Une société ne peut pas s'en passer.
Comment tenir égalité et justice ensemble ?
Par des règles identiques pour tous et des moyens différenciés pour que la règle ait un sens pour chacun. C'est inconfortable, car cela oblige à reconnaître les différences.



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