La mondialisation heureuse, en pointillé
Tout le monde est pour l'ouverture, à condition que ce soit la sienne. On a donc inventé un mondialisme à péages — libre circulation pour les idées, tarifs douaniers pour le reste.

Il y a une chose que les nations du monde entier partagent désormais, et ce n'est ni la monnaie, ni la langue, ni le climat : c'est le discours de l'ouverture. Chacune se décrit comme un carrefour, un pont, une plateforme. Jamais comme un mur. Puis chacune vote son budget, et le mur apparaît dans les annexes.
Le grand récit, et sa sortie de secours
Le récit officiel est simple : nous vivons dans un espace mondial de circulation. Les marchandises voyagent, les capitaux encore plus vite, les données plus vite encore. Ce récit n'est pas faux. Il est conditionnel. Il y a toujours un « sauf » quelque part, et ce « sauf » tombe rarement sur les plus mobiles.
Le libre-échange n'a jamais été une idéologie. C'est un rapport de force qui a réussi à se faire passer pour une évidence.
Chacun sa frontière
Ce qui continue de circuler sans entrave : les capitaux, les algorithmes, les brevets, les profits. Ce qui continue de circuler avec des papiers : la main-d'œuvre, les étudiants, les malades. Ce qui a repris des barrières ces dernières années : les marchandises, les technologies, l'énergie.
Personne n'a tort de vouloir protéger son industrie. Le problème n'est pas le protectionnisme : c'est le déni. On ferme une porte en expliquant qu'on l'ouvre, et l'on demande aux autres de ne pas le remarquer.
Ce qu'on peut dire honnêtement
Trois positions tiennent debout.
- Tout ouvrir, vraiment, y compris les frontières humaines — et l'assumer.
- Tout fermer, vraiment, et en accepter l'appauvrissement.
- Choisir, dossier par dossier, et le dire à voix haute.
La quatrième — « nous sommes mondialistes, sauf quand cela nous coûte » — occupe les sommets internationaux depuis trente ans. C'est la seule dont on ne sort jamais.
Un pays a parfaitement le droit de dresser une frontière. Il n'a pas le droit de prétendre qu'il n'en a pas, tout en la franchissant pour aller chercher ses matières premières.
Questions fréquentes
Le discours de l'ouverture est-il faux ?
Il n'est pas faux, il est conditionnel : il y a toujours un « sauf » quelque part, et ce « sauf » tombe rarement sur les plus mobiles.
Le protectionnisme est-il le problème ?
Non. Le problème n'est pas de protéger son industrie, c'est le déni : fermer une porte en expliquant qu'on l'ouvre.
Quelles positions tiennent debout ?
Tout ouvrir et l'assumer, tout fermer et en accepter l'appauvrissement, ou choisir dossier par dossier — et le dire à voix haute.



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