Mardi 13 octobre 2026
Société

Nos enfants et ces écrans qu'on leur reproche d'aimer

On reproche aux enfants de passer leurs journées sur des écrans conçus par des adultes pour qu'ils n'en sortent pas. Le procès est instruit contre les mauvais accusés.

Nos enfants et ces écrans qu'on leur reproche d'aimer

C'est devenu le sujet de tous les dîners et de toutes les rentrées scolaires. Les enfants passent trop de temps sur leurs écrans. On le dit sur un ton de constat, comme s'il s'agissait d'un mystère, alors que la réponse est partout autour de nous : ces écrans ont été fabriqués, financés et optimisés par des adultes dont le métier est précisément de retenir leur attention.

Reprocher à un enfant de tomber dans un piège bien construit, c'est reprocher à un piéton de ne pas résister à un trou dans le trottoir.

Ce qu'on mesure et ce qu'on ne mesure pas

On compte les heures, ce qui est facile. On ne compte pas ce que ces heures remplacent : la cour de récréation qui a rétréci, la rue où l'on ne laisse plus sortir, les activités gratuites qui ont fermé, le temps libre qu'on a appris à trouver suspect. L'écran n'a pas chassé le jeu ; il a souvent comblé un vide qu'on a creusé autour de lui.

On demande à des enfants une autonomie qu'on ne leur donne plus les moyens d'exercer, puis on s'inquiète de les voir préférer un monde qui, lui, les accueille sans conditions.

Le procès des parents

Vient ensuite le reproche aux parents, qui mesurent leur propre impuissance à l'aune d'une culpabilité soigneusement entretenue. Être un bon parent reviendrait à livrer une guerre quotidienne contre des industriels disposant d'équipes entières et de décennies de recherche. Le rapport de forces est connu d'avance.

Il y a une hypocrisie à demander aux familles de réguler seules ce que la loi ne régule pas. On interdit aux industriels de vendre du tabac aux mineurs ; on autorise la même ingénierie d'addiction à leur servir des heures d'écran, et l'on renvoie le tout à la responsabilité des parents.

Déplacer le reproche

La question utile n'est pas « pourquoi nos enfants aiment-ils ces écrans », mais « pourquoi les a-t-on conçus ainsi, et à quelles conditions accepte-t-on qu'on les leur vende ». Tant qu'on continuera de sermonner les enfants et de récompenser ceux qui les captent, on aura tout faux, poliment.

Questions fréquentes

Qui fabrique l'attention des enfants ?

Des adultes dont le métier est de la retenir. Reprocher à un enfant de tomber dans un piège bien construit est une drôle de consigne.

Que ne compte-t-on jamais ?

Ce que les heures d'écran remplacent : la cour qui a rétréci, la rue où l'on ne sort plus, les activités gratuites fermées.

Pourquoi blâmer les parents ?

Parce que c'est plus simple que de réguler : on demande aux familles de livrer seules une guerre contre des équipes entières et des décennies de recherche.

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