Mardi 13 octobre 2026
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La file d'attente des indignations

Il y a désormais plus de causes justes que de place dans une journée. Alors on fait la queue, poliment, en attendant que la précédente ait fini d'être scandaleuse.

La file d'attente des indignations

Il faut se rendre à l'évidence : nous ne manquons plus d'injustices. Nous manquons de créneaux. Chaque matin apporte son lot de révélations légitimes, et chaque matin la même question : laquelle aura droit à notre colère avant midi ?

La file d'attente est invisible, mais elle est stricte. Une indignation entre en scène, occupe le devant de la scène pendant quarante-huit heures, puis regagne les coulisses sans avoir rien obtenu. La suivante avance d'un rang. Personne ne proteste : on est déjà passé à autre chose, et protester demanderait de choisir entre deux causes également défendables.

L'indignation est devenue une ressource renouvelable. C'est précisément ce qui la rend inoffensive.

Ce n'est pas une question de sincérité. Les colères sont réelles, les faits sont établis, les victimes sont bien là. Le problème est ailleurs : dans le débit. Une société qui peut s'indigner de tout ne s'indigne durablement de rien, parce que durer suppose de renoncer à la nouveauté.

Il reste pourtant une sortie, assez peu spectaculaire : accepter de s'ennuyer un peu. Choisir deux dossiers par an, les suivre jusqu'aux décisions, relire les mêmes chiffres pendant des mois. C'est moins excitant qu'un scandale par jour. C'est aussi la seule manière qu'une indignation laisse une trace ailleurs que dans l'archive d'un fil d'actualité.

Questions fréquentes

Pourquoi les indignations ne durent-elles pas ?

Parce qu'il y a plus de causes justes que de place dans une journée : c'est le débit qui remplace la durée.

Le problème est-il la sincérité des colères ?

Non, les colères sont réelles et les faits établis. Le problème est le rythme, qui condamne chaque cause à céder la place à la suivante.

Comment une indignation laisse-t-elle une trace ?

En acceptant de s'ennuyer un peu : choisir peu de dossiers, les suivre jusqu'aux décisions, relire les mêmes faits pendant des mois.

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