L'éditorial confondu avec l'information
L'éditorial avait un mérite : il s'annonçait comme une opinion. En se glissant dans les colonnes de l'information, il a perdu son étiquette sans perdre sa force — et personne ne sait plus qui parle.

Il fut un temps où l'on savait distinguer deux choses : le compte rendu d'un fait, et le jugement porté sur ce fait. Le premier était vérifiable, le second assumé. La séparation n'était pas parfaite, mais elle existait, et l'on pouvait la retrouver dans la mise en page. Aujourd'hui, elle s'est largement effacée.
L'opinion n'a pas disparu ; elle s'est déguisée en information.
La contagion du commentaire
Le commentaire s'est glissé partout, dans le titre, dans la photo choisie, dans l'ordre des questions, dans l'adjectif, dans l'infime détail qui oriente. Une même dépêche peut donner lieu à deux récits opposés selon le journal qui la public, sans qu'aucun des deux n'ait inventé un fait.
Ce n'est pas nécessairement de la malhonnêteté. C'est une dérive naturelle : le commentaire est plus facile à produire, plus rapide à lire, et souvent plus agréable à écrire que la vérification.
Un fait est un fait ; une opinion est une opinion. Confondre les deux n'est pas seulement désinformer : c'est empêcher le lecteur de faire la part des choses, et donc de se faire sa propre idée.
L'opinion sans visage
Le problème devient aigu quand l'opinion perd son auteur. Un éditorial signé engage une personne, qui répond de ses jugements. Une opinion dissoute dans la « ligne » d'une rédaction n'engage personne, mais elle bénéficie de la même autorité. Le lecteur ne sait plus si on lui rapporte un événement ou si on lui recommande une position.
On peut aimer les journalistes de conviction ; il faut simplement qu'ils se nomment. La clarté sur le statut du texte n'est pas une coquetterie professionnelle : c'est la condition même de la confiance.
Rendre les étiquettes
Aucune charte ne résoudra cela entièrement, car la frontière est parfois ténue. Mais il coûte peu de séparer visiblement les genres, de signer les analyses, de dire d'où l'on parle. Un lecteur averti peut se méfier ; un lecteur trompé, lui, n'a aucun moyen de s'en défendre.
Questions fréquentes
Comment l'opinion se déguise-t-elle en information ?
Par le titre, la photo, l'ordre des questions, l'adjectif. La dépêche est la même ; le récit diffère sans qu'aucun fait ait été inventé.
Pourquoi une opinion non signée est-elle plus problématique ?
Parce qu'elle n'engage personne tout en empruntant l'autorité d'une rédaction : le lecteur ne sait plus si on l'informe ou si on le convainc.
Que faire de la frontière entre fait et opinion ?
La rendre visible : séparer les genres, signer les analyses, dire d'où l'on parle. Un lecteur averti peut se méfier ; un lecteur trompé, non.



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