Le direct, manière de ne pas expliquer
Le direct donne le sentiment d'assister à l'événement, alors qu'il en montre surtout la surface. On gagne en présence ce qu'on perd en compréhension.

Le direct a conquis le paysage au nom de l'authenticité. Rien de plus légitime, en apparence : quoi de plus honnête que de montrer les choses telles qu'elles arrivent ? C'est oublier qu'un événement en train de se produire est précisément celui que l'on comprend le moins, et que le temps de l'explication n'est pas le temps de l'image.
On obtient ainsi des heures d'antenne où l'on répète ce qu'on ne sait pas encore, sur un ton qui suggère qu'on le sait.
Le culte du plateau
Le direct impose sa grammaire : il faut du mouvement, des invités, des reprises, du suspense. Il faut surtout ne jamais laisser un vide, ce qui interdit la seule attitude utile en pareil cas — se taire et chercher. On remplit donc avec des impressions, des micros-trottoirs et des experts qui parlent plus vite qu'ils ne réfléchissent.
Une information qu'on ne peut pas vérifier n'est pas une information en avance : c'est une rumeur en costume. Le direct lui offre un direct, un habillage et une crédibilité qu'elle ne mérite pas.
Le direct comme protection
Ce dispositif a une fonction moins avouée : il protège celui qui parle. En direct, on ne peut pas être repris, complété, contredit par un travail de vérification. On est cru parce qu'on est là, au moment où cela se passe. L'émotion tient lieu de preuve, et la proximité temporelle d'exactitude.
Le montage, souvent accusé de tous les maux, offrirait pourtant ici un service : le temps de comprendre, de recouper, de nuancer. On a préféré la simultanéité, plus spectaculaire et moins exigeante.
Ralentir pour comprendre
Il ne s'agit pas de supprimer le direct, qui a des usages évidents lors des grands événements. Il s'agit de cesser de le confondre avec l'information. Regarder un événement et en comprendre les causes sont deux exercices différents, et le second demande du temps, de la méthode, et parfois le courage de dire : « nous n'en savons pas encore assez ».
Questions fréquentes
Le direct est-il plus honnête ?
Il est plus immédiat, pas plus exact : on y répète souvent ce qu'on ne sait pas encore, sur un ton qui suggère qu'on le sait.
Que protège le direct ?
Celui qui parle : en simultané, on n'a pas le temps de le reprendre, de le recouper ni de le contredire.
Faut-il supprimer le direct ?
Non, il a ses usages lors des grands événements. Il s'agit de ne pas le confondre avec l'information : comprendre demande du temps et de la méthode.



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