Le déficit, l'urgence reportée à l'an prochain
Le déficit est la seule urgence dont la date est toujours déplacée. Il est grave chaque année, et chaque année il le sera davantage — ce qui, en matière de calendrier, est une manière de ne rien faire.

Il existe un sujet sur lequel tous les responsables s'accordent : le déficit est trop élevé. Il existe aussi un moment où tous s'accordent pour ne pas y toucher : maintenant. L'urgence est donc reconnue, proclamée, expliquée, et reportée. C'est une rareté : une urgence qui attend son tour.
On nous l'annonce chaque année comme une nouveauté, alors qu'elle a l'âge d'une carrière.
Le seuil et le symbole
Les chiffres du déficit sont présentés comme des frontières qu'il ne faudrait pas franchir, ce qui suppose qu'un déficit est acceptable jusqu'à un certain point et dangereux au-delà. La vérité est qu'un déficit est un flux, et que la question n'est pas tant son niveau que l'usage qu'on en fait : financer un investissement n'a pas la même portée que payer des dépenses courantes avec de l'argent emprunté.
Or cette distinction, la plus utile, disparaît presque toujours du débat public.
Le déficit n'est jamais traité comme un problème à résoudre, mais comme un argument à brandir. Selon le camp qui parle, il justifie d'augmenter les recettes ou de couper les dépenses, ce qui autorise à conclure avant d'avoir expliqué.
Pourquoi il est toujours pour plus tard
Réduire le déficit suppose de choisir : augmenter les impôts, baisser les dépenses, ou les deux. Chacune de ces options coûte politiquement à court terme. Reporter n'en coûte aucun jusqu'à ce qu'il soit trop tard, ce qui explique une préférence si largement partagée.
On finit ainsi par confier la résolution du problème à la seule force qui l'impose sans négocier : les marchés, un calendrier électoral ou une contrainte extérieure. Autrement dit, on ne décide pas ; on attend d'être contraint. Et l'on appelle cela de la responsabilité.
Questions fréquentes
Pourquoi le déficit est-il toujours reporté ?
Réduire le déficit suppose de choisir entre hausser les recettes et baisser les dépenses. Reporter n'en coûte aucun à court terme.
Un déficit est-il acceptable jusqu'à un seuil ?
Un déficit est un flux : l'essentiel n'est pas son niveau, mais l'usage qu'on en fait — investissement ou dépense courante.
Que se passe-t-il quand on attend ?
La décision finit par être imposée de l'extérieur, par un calendrier ou une contrainte. On appelle cela de la responsabilité.



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