Mardi 13 octobre 2026
Société

Le bénévolat : admiration gratuite, financement rare

On célèbre les bénévoles en discours et on finance leurs missions en miettes. La reconnaissance est devenue une monnaie que l'on verse avec d'autant plus de générosité qu'elle ne coûte rien.

Le bénévolat : admiration gratuite, financement rare

Il n'existe guère de discours politique qui ne rende hommage aux bénévoles. Ils sont le tissu, la sève, le ciment. On leur consacre des journées, des médailles et de belles phrases, puis on discute âprement du montant des subventions qu'on va leur retirer. L'écart entre les deux moments n'étonne plus personne : il est devenu une habitude nationale.

Le bénévolat a ceci de pratique qu'il permet de faire l'éloge d'activités tout en en refusant le coût.

L'admiration comme salaire

Un bénévole ne demande pas de rémunération, dit-on, c'est bien là son mérite. Mais il a besoin de locaux, de matériel, de formation, d'un ordinateur et d'une personne pour répondre au téléphone. Autant de choses que l'on qualifie volontiers d'« administratif » dès qu'il s'agit de les financer.

On verse aux associations une reconnaissance que l'on garde pour soi : elle ennoblit celui qui la donne et ne nourrit pas celui qui la reçoit.

La formule arrange tout le monde. Célébrer le bénévolat, c'est se donner à bon compte l'image d'une société solidaire ; restreindre ses moyens, c'est se donner les économies. Les deux se font dans le même discours, à quelques paragraphes d'intervalle.

Ce qu'on appelle un engagement

Il faut ajouter un malentendu plus profond. On veut croire que la bonne volonté suffit, par nature, à toutes les tâches. Mais accompagner une personne en fin de vie, encadrer un enfant en difficulté, tenir une permanence d'accueil : cela s'apprend, s'organise, se coordonne. Le bénévolat n'est pas un fluide interchangeable ; c'est une compétence encadrée par des professionnels qu'on ne veut pas payer.

Reconnaître sans payer, ou payer sans décorer

Rien n'empêche d'admirer le bénévolat. Il faudrait simplement admettre qu'un applaudissement ne remplace pas une ligne budgétaire. Un pays qui remercie ses bénévoles en leur coupant les moyens ne les soutient pas : il se félicite lui-même, à leurs frais.

Questions fréquentes

Pourquoi le bénévolat est-il tant célébré ?

Parce que l'éloge ne coûte rien : on vante une activité tout en refusant d'en financer les moyens.

Un bénévole coûte-t-il quelque chose ?

Oui : des locaux, du matériel, de la formation, un téléphone. Autant de postes qualifiés d'« administratifs » dès qu'il s'agit de les financer.

La bonne volonté suffit-elle ?

Non. Accompagner, encadrer, coordonner sont des compétences qui s'apprennent et s'organisent.

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