Nos amis les comités Théodule
Ils naissent au printemps, remettent leur rapport avant les vacances, puis disparaissent discrètement. Le comité Théodule est une espèce protégée de la vie publique française : portrait d'une faune familière.

On les croit éteints. On les annonce même, de temps à autre, comme une espèce en voie de disparition. Et pourtant, chaque saison en voit naître de nouveaux, portant des noms si longs qu'on les confond avec des sigles, si vagues qu'on ne sait jamais ce qu'ils étudient, et si nombreux qu'on renonce à les compter.
Le comité Théodule se reconnaît à trois signes : il est temporaire, il est composé d'élus et d'« experts », et il ne sert à rien.
Sa morphologie
Il naît d'une réunion où il fallait décider quelque chose, et où l'on a décidé de ne pas décider. C'est le compromis élégant, celui qui satisfait tout le monde : les uns obtiennent un principe, les autres un délai, et personne n'a le chagrin d'un choix.
Il est présidé par une personnalité « dont l'expérience est reconnue, ce qui assure la sérénité des travaux ». Traduction : quelqu'un qui n'a plus rien à perdre. Autour de lui, des rapporteurs qui rédigeront l'essentiel du texte, et dont le nom figurera en bas du document, en petits caractères, là où personne ne regarde.
Un comité Théodule a ceci d'admirable qu'il est à la fois impossible à dissoudre, puisqu'il ne se réunit plus, et toujours disponible, puisqu'il ne s'est jamais achevé.
Le cycle des saisons
Le printemps est sa saison. Il est annoncé, on lui confie une mission impossible, on lui promet des moyens. L'été passe. L'automne voit arriver le rapport, dont on retient une phrase, en général la seule qui contredise tout le reste. L'hiver l'installe dans l'oubli. Et le printemps suivant, un autre comité voit le jour pour se pencher sur les conclusions du premier.
Ce fonctionnement a un mérite : il est d'une régularité parfaite. On pourrait le confier à un calendrier.
Comment le déloger
En théorie, un comité s'arrête quand il a remis son rapport. En pratique, il se transforme en observatoire. Puis l'observatoire devient une mission. Puis la mission devient un conseil. On a ainsi des institutions qui ont plus d'années d'existence que d'utilité démontrée.
Il faudrait, pour en finir, une bonne fois, créer un comité chargé d'étudier la question.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un comité Théodule ?
Un comité temporaire, composé d'élus et d'« experts », qui naît d'une réunion où l'on a décidé de ne pas décider.
Pourquoi ne disparaît-il jamais ?
Parce qu'il est impossible à dissoudre puisqu'il ne se réunit plus, et toujours disponible puisqu'il ne s'est jamais achevé.
Comment s'en débarrasser ?
En théorie, il s'arrête quand il a remis son rapport. En pratique, il devient observatoire, puis mission, puis conseil.



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