Ce que nos silences disent de nous
On parle d'une « société du bruit », mais ce qui la caractérise peut-être le mieux, c'est la manière dont on choisit ses silences. Petit exercice d'archéologie du non-dit.

On accuse notre époque d'être trop bruyante. Trop de débats, trop de tribunes, trop de prises de parole simultanées. L'accusation est commode : elle dispense d'écouter.
Car ce qui frappe, à y regarder de près, c'est la précision de nos silences. On ne se tait pas au hasard. On se tait sur ce qui nous engage, sur ce qu'on ignore, sur ce qu'on redoute de devoir défendre.
Trois silences
Le silence de confort. On se tait parce que parler coûterait quelque chose — une relation, une position, une tranquillité.
Le silence d'ignorance. On se tait parce qu'on ne sait pas. C'est le plus honnête, et le plus rare.
Le silence d'écoute. On se tait parce que l'autre parle. C'est le seul qui construise quelque chose.
Le bruit n'empêche pas d'entendre. Il empêche seulement d'écouter.
La bonne question n'est donc pas « pourquoi parle-t-on tant ? », mais « sur quoi, précisément, nous taisons-nous — et qui cela arrange-t-il ? ».
Questions fréquentes
Pourquoi se tait-on ?
Par confort, par ignorance ou par écoute. Les deux premiers protègent celui qui se tait ; le troisième seul fait avancer l'échange.
Trop de parole empêche-t-elle d'écouter ?
Non : le bruit n'empêche pas d'entendre, il empêche d'écouter. La question n'est pas de parler moins, mais de savoir sur quoi l'on se tait.
Nos silences sont-ils un aveu ?
Pas nécessairement. Mais ils sont rarement un hasard : on ne se tait pas au hasard, on se tait sur ce qui engage.



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